Recherches

Mis au point au début des années 80, initialement par la recherche militaire, les détecteurs sensibles dans les domaines de l'infrarouge proche et de l'infrarouge moyen ont ouvert un champ nouveau qui permettait de découvrir un aspect du ciel inconnu jusqu'alors. Mes premiers travaux de recherche se sont focalisés sur l'utilisation de ces détecteurs infrarouges en astronomie.
L'infrarouge permet la détection des très nombreuses raies atomiques et moléculaires d'absorption et d'émission, l'étude des nuages de gaz présents dans le milieu interstellaire, l'étude de la formation stellaire, la recherche de disques protoplanétaires, l'étude des galaxies ultra-lumineuses et à noyaux actifs, etc.
Les observations en infrarouge thermique sont particulièrement délicates car les instruments doivent fonctionner sous un très fort flux de fond parasite émis par le télescope, l'environnement et toute l'atmosphère terrestre. Il faut avoir recours à des techniques d'observation spécifiques et travailler à la température de l'Hélium liquide (4K).

- Instrumentation Infrarouge :


. Conception et réalisation d’une caméra infrarouge pour le domaine 2.5 à 5 µm, première pour ce domaine de longueurs d'onde en France et en Europe: Mise au point et exploitation de la caméra, nombreuses missions à l’Observatoire de Haute-Provence (OHP) avec 86 nuits d’observation au télescope T193 de l'OHP entre 1987 et 1990, exploitation/publication des résultats.
Collaborations principales: J.L. Monin (observatoire de Grenoble), F. Sibille (observatoire de Lyon), CEA/CENG, D. Rouan, F. Lacombe, D. Tiphène, P. Gallais (observatoire de Paris-Meudon)
. Développement et mise au point de la caméra nationale INSU C10μ pour l’infrarouge thermique entre 8 et 15 microns, en collaboration avec le Service d’Astrophysique du CEA à Saclay et CAMIRAS, première en France et en Europe. Instrument C10μ pour le télescope CFHT à Hawaii, ouvert à la communauté française début 1991. Initialement avec un détecteur de 32x32 pixels, réalisation de deux upgrades pour passer à un détecteur de 64x64 pixels puis de 128x192 pixels. Soutien technique de toutes les missions : 19 missions de 1991 à 1998 totalisant 69 nuits sur le CFHT. Pré-traitement des données obtenues et exploitation/publication des résultats.
Collaborations principales: F. Sibille et P. Merlin (observatoire de Lyon), P.O. Lagage et son équipe (SAp/CEA), F. Billebaud (Obseravtoire de Bordeaux), C. Joblin et E. Caux (CESR), S. Cabrit (observatoire de Paris), ...
. Soutien au sol de la mission spatiale américaine Galileo (NASA, étude du système de Jupiter), installation de C10µ en juin 1997 sur le télescope de l’Université d’Hawaii avec Glenn Orton (JPL, Caltech) pour une mission de 4 nuits.

- Survey DENIS :


. Co-I dans le programme DeNIS (Deep Near-Infrared Sky Survey) de cartographie complète du ciel austral réalisé dans les bandes I (0.9µm), J (1.25µm) et K (2.2µm) sur le télescope de 1m de l’ESO au Chili.
. Participation à la conception et la réalisation des voies J et K de la caméra
. Participation au traitement et à l’exploitation des données extragalactiques en bandes I, J et K
. Traitement systématique des images de la bande I pour en extraire les galaxies. Ce travail a fourni les cinq catalogues de données infrarouges DENIS pour les galaxies avec une excellente photométrie
. Traitement systématique des images des bandes J et K du plan galactique pour rechercher les galaxies dans la zone particulièrement intéressante de la Zone of Avoidance (ZOA), zone obscure en visible car masquée par notre Voie Lactée
. Insersion des données extragalactiques DENIS pour 2 millions de galaxies dans la base de données extragalactiques HyperLEDA de Lyon

- Exploitation d'HyperLEDA :


HyperLeda est une base de données extragalactiques développée à partir de 1983 par Georges Paturel et, depuis 2000, par Philippe Prugniel dans le but d’étudier la physique et les mécanismes d’évolution des galaxies pour affiner l’interprétation de l’évolution cosmologique. C’est la seule base de données extragalactiques à fournir des données homogénéisées multi-longueurs d’onde pour plus de 3 millions de galaxies. Elle est complète jusqu’à la magnitude B = 18 et fournit des cross-identifications de grande qualité.
J'ai inclus dans HyperLeda toutes les données extragalactiques du survey DENIS, enrichissant HyperLeda avec des données infrarouges, inexistantes avant.
. Exploitation d'HyperLEDA: Collaboration avec P. Prugniel sur l’étude de l’évolution photo-chimique des galaxies:
- Détermination des paramètres atmosphériques (température, gravité et métallicité) des étoiles de la bibliothèque MILES,
- Etude des galaxies naines de classe intermédiaires (TTD galaxies) prouvant l’existence d’une évolution depuis les galaxies naines irrégulières vers les galaxies elliptiques naines
- Construction d’un catalogue de distances homogénéisées indépendantes du redshift pour 2335 galaxies, incluses dans HyperLeda

- Astronomie en Antarctique :


La France a une longue expérience de l'exploitation à des fins scientifique des sites polaire et de la gestion de programmes de recherche aux pôles, grâce aux investissements logistiques et humains déployés par l'Institut Paul Emile Victor (IPEV) qui gère en partenariat avec l’agence polaire Italienne (PNRA) la station CONCORDIA, la seule station permanente européenne du Plateau Antarctique, située au Dôme C, à 1100 km de la station côtière de Dumont D'Urville.
Le savoir-faire unique de l'IPEV place ainsi la France en position de 2ème puissance mondiale en matière de capacité à mener des recherches en milieux polaires. Concordia est un atout considérable pour les scientifiques français. Cette station édifiée au cœur du Plateau Antarctique sur un des sites astronomiquement les plus favorables du continent, capable de fonctionner hiver comme été, est enviée par les communautés scientifiques du monde entier.
Les études de qualification de site menées depuis une vingtaine d'années, notamment par les équipes du laboratoire Lagrange de Nice, ont révélé que l'atmosphère au-dessus de Concordia offre des propriétés exceptionnelles : près de 90% de nuits claires en hiver, une couche atmosphérique très transparente et très peu turbulente qui permet d'atteindre une résolution angulaire inégalée sur Terre, une nuit ininterrompue de plusieurs mois. La turbulence atmosphérique est concentrée dans une couche mince d’une trentaine de mètres, l'opacité est faible et le rayonnement de fond de ciel en infrarouge thermique réduit par un facteur de 10 à 20, la stabilité de la transparence dans les fenêtres infrarouges y est unique.
Nous avons déployé des efforts depuis 20 ans pour structurer des projets astronomiques en Antarctique et créer les conditions favorables à la réalisation d’une infrastructure de premier plan et d’un projet scientifique majeur au Dôme C:
. Membre du réseau européen ARENA («Antarctic Research : a European Network for Astronomy »), programme EC-FP6 , 2006-2009
. Membre du Comité National Français de Recherches en Arctique et Antarctique (CNFRA) depuis 2014
. Déléguée française dans le groupe scientifique permanent des Sciences Physiques du SCAR (National representative in Standing Scientific Group on Physical Sciences of the Scientific Committee on Antarctic Research), depuis 2015
. Participation à la conception d’un télescope grand champ et d’une caméra IR thermique, haute résolution angulaire avec optique adaptative spécifique (GLAO) pour le site Concordia, Dôme C ;
. co-PI du projet Polar Large Telescope (PLT, PIs I. Vauglin, N. Epchtein) soumis en 2010 pour financement européen dans le cadre de l’appel à projet FP7 de Design Study.
. Project Scientist du projet ANGISS (« Assessment of a New Generation of Infrared Sky Survey for the EELT and EUCLID era », PI M. Langlois) soumis à l’ANR Défi de tous les savoirs en 2013 et en 2014
. Membre du Conseil Scientifique du Défi « Mondes polaires » pour la prospective transverse INSU 2020

- Evolution climatique - Investissement sociétal :


Les astronomes ont un rôle important à jouer pour expliquer à l'ensemble des publics pourquoi nous n’avons pas de planète B et qu'il est indispensable de maintenir la Terre vivable. C'est pourquoi je me suis impliquée dans ce domaine depuis 2018.
. membre du Groupement de Recherche CNRS Labos 1point5, dont les buts sont de mieux comprendre et réduire l'empreinte de nos activités de recherche sur l'environnement.
Participation au groupe de travail Enseignement et Formation continue depuis 2021 : création et diffusion d’une formation pour les personnels de la recherche scientifiques (chercheurs et personnels techniques et administratifs) afin de les (in)former et les inciter à engager dans leurs laboratoires des actions concrètes (bilans de gaz à effets de serre, actions au quotidien, engagement sur une trajectoire de réduction des émissions de son laboratoire…).
. membre du collectif international Astronomers for Planet Earth (A4E) d’astronomes professionnels dont le but est d’expliquer à nos contemporains pourquoi il n’est pas possible d’envisager d’envoyer l’Humanité sur une autre planète au cas où la Terre deviendrait inhabitable du fait des dégradations que nous lui faisons subir.
. participation au développement du projet Astronomy for Sustainable Development (Astro4SDGs), PIs Michelle Willebrands et Pedro Russo (Université de Leiden), en réponse à l’appel à projet COST (Coopération européenne dans le domaine de la science et de la technologie). Notre action COST est coordonnée par le European regional office of astronomy for development (E-ROAD), proposé en 2020, resoumis en 2021
. organisatrice l’événement « la nuit est belle ! » sur la région lyonnaise en 2021, 2022, 2023 et 2025, toujours organisée en collaboration étroite avec l’équipe du Grand Genève, initiatrice de l’événement. Le but est de sensibiliser le public aux multiples méfaits de la pollution lumineuse du ciel nocturne, un gaspillage énergétique qui empêche de voir les étoiles et faire des observations astronomiques, affecte la santé humaine, est responsable d'une lourde perte de la biodiversité, et qui coûte cher! De plus en plus de communes du territoire rhôdanien et des Monts du Lyonnais ont participé à l'événement au fil des éditions. En 2025, la commune de Saint-Martin d'Hères a rejoint, grâce aux collèges Fabien Malbet et Julien Milli de l'Observatoire de Grenoble.
Nombreuses sont les communes qui ont participé à « la nuit est belle ! » à s'engager dans une extinction quotidienne perènne, ce qui est le but de l'événement.
. participation aux Assises Européennes de la Transition Énergétique , à Genève en février 2022, avec présentation de l’action "la nuit est belle!"